« Lux aeterna », la messe électro-pop de William Sheller…

Dans les années 60, William Sheller, de formation classique au piano, choisira de tracer sa voie sur celle de la pop ambiante des Beatles et des Rolling Stones plutôt qu’à celle de Mozart ou de Liszt à laquelle on le destinait. Dès qu’il en eût l’occasion, il se mit au service de la composition de musiques de films (« Erotissimo » de Gérard Pirès, « Trop petit mon ami » d’Eddy Matalon, en 1969) et des arrangements de groupes pop (Albatros, Terry Scott…) et d’artistes de variété (Gérard Manset, Dalida, Jacques Blanchard, Costa Cordalis…).

A la faveur d’une rencontre dans les couloirs de la maison de disques CBS, Sheller croise quatre jeunes américains baptisés Les Irrésistibles, tous fils de diplomates et de militaires en poste à Paris et désireux d’enregistrer un disque. Le musicien leur cède alors une composition qui deviendra un des tubes de l’année 1968 : « My year is a day » (reprise par Dalida sous le titre « Dans la ville endormie »).

William Sheller décide ensuite de réinvestir la totalité des droits de cette chanson dans la composition et l’enregistrement d’une messe de mariage pour un couple d’amis. Ne sachant pas quoi leur offrir en cadeau de noces, il a dans l’idée d’écrire et d’enregistrer cette messe rock, non seulement pour qu’elle soit jouée dans l’église mais aussi pour en offrir le disque à tous les invités présents.

Intitulée « Lux aeterna » (« lumière éternelle »), cette liturgie élecro-pop est enregistrée en 1969 avec le concours de l’Orchestre de l’Opéra de Paris et des chœurs de l’O.R.T.F., une quarantaine de musiciens installés dans un minuscule studio où le batteur est placé dans les WC et les chœurs dans l’escalier ! Le disque ne sera édité que trois ans plus tard, en 1972, sans connaître le succès. Sans doute considéré trop déconcertant (et surtout trop en avance) pour l’époque, « Lux æterna » ne trouvera grâce qu’auprès de 2000 acquéreurs seulement (« Il s’en vendra des cages à lions », dixit son auteur).

Parmi ceux-là, figure la chanteuse Barbara qui décèle à travers cette œuvre les talents d’arrangeur de William Sheller. Elle lui propose, en 1973, de venir vivre chez elle pour réaliser les orchestrations de son album « La louve » (qui contient le mythique « Marienbad »). C’est elle qui lui suggèrera de se mettre à chanter et l’aidera à signer dans une maison de disques.

A cette offre, Sheller lui avait rétorqué « Mais vous n’y pensez pas, je n’ai pas de voix ! »« Qu’est-ce que ça peut faire, lui répondit Barbara, moi non plus je n’ai pas de voix »

Devenu culte, l’album « Lux aeterna » est particulièrement prisé par les japonais.

Avec le recul, William Sheller considère que « Lux aeterna » a « un peu vieilli aujourd’hui parce que les synthétiseurs de l’époque n’arrivaient pas à imiter correctement les instruments. C’était plutôt des bruits que des sons que l’on peut reconnaître. L’idée était déjà là de mélanger des parties symphoniques et des chœurs ».

Un an avant la parution de « Atom heart mother » de Pink Floyd…

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