Jacques Brel berné par un criminel de guerre…

Un soir d’octobre 1959, celui qui se fait alors appeler Paul Berthet se présente à Jacques Brel pendant que ce dernier dîne dans un restaurant lyonnais, juste avant un concert qu’il doit donner à Tarare. Il lui parle de l’intérêt qu’il porte à ses chansons et de tout ce qu’elles évoquent pour lui. Le courant de sympathie est immédiat donnant naissance à une amitié profonde, au point que le chanteur charge son nouvel ami de lui dénicher quelques années plus tard un chalet dans la région de la Grande-Chartreuse et de sa rénovation, une tâche dont Berthet s’acquittera contre une généreuse rémunération.

En 1967, l’admirateur du chanteur décide de se lancer dans un projet de disque : partant du constat que les parents sont très souvent désemparés par les questions de leurs enfants touchant à la sexualité, il en parle à Jacques Brel qui l’introduit chez Philips. Son projet ayant obtenu une réponse de principe favorable, il se met au travail, contacte des éducateurs, des médecins, des religieux, des parents, le service de documentation conjugale à Grenoble, etc…

Brel lui permet même d’utiliser gratuitement une de ses chansons (« Voir ») tandis que son compositeur et arrangeur François Rauber compose la musique d’accompagnement et dirige l’orchestre.

Le disque paraît le 27 avril 1967 sous le titre « L’amour et la vie, la conception et la naissance expliquée aux enfants » et fait l’unanimité de la presse.

Personne ne se doute à l’époque que sous le pseudonyme de Paul Berthet se cache un véritable criminel de guerre qui n’est autre que Paul Touvier ! Cet ancien chef de la milice lyonnaise est en fuite depuis la fin de Deuxième Guerre mondiale, sous le coup d’une double condamnation à mort prononcées en 1946 et 1947, pour assassinats, arrestations, déportations et exécutions de personnes juives.

Jacques Brel apprendra seulement cinq ans plus tard à qui il avait fait confiance. Avant lui, l’habile personnage avait également enjôlé, séduit et trompé de naïfs ecclésiastiques et d’accueillantes bonnes sœurs chez qui il se réfugiait, et abusé de la crédulité de l’acteur Pierre Fresnay, du ministre Edmond Michelet – grand résistant et ancien déporté ! – et du philosophe Gabriel Marcel.

Paul Touvier ne sera pas très reconnaissant à l’égard de son ancien « ami » Brel lorsqu’il il déclarera dans une interview publiée en 1989 : « Ce disque ne m’a pour ainsi dire rien rapporté : il a tout juste couvert les dettes que j’avais contractées pour sa réalisation… ».

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